Hommage à Marc Salles, Maître-Compagnon du Devoir Parisien des Compagnons du Beaujolais

Ce lundi 7 août, les Vignes du seigneur ont accueilli un nouveau résident.

Notre ami Marc Salles est décédé.

 C'était un homme plein de gentillesse, toujours à l'écoute des autres, il était un membre essentiel du Devoir Parisien par son dynamisme et sa bonne humeur.

Il restera toujours présent dans la mémoire des Compagnons du Beaujolais et dans celle des Bistrots Beaujolais Parisiens. Levons tous notre verre à sa santé dans sa céleste retraite.

 Les obsèques de Marc se dérouleront vendredi dans la plus stricte intimité conformément à la volonté de la famille.

Hommage de Jean-Alain Moreaux :
 
Mon très cher Marc,
J’en connais, là-haut, au-delà des nuages, qui se réjouissent de t’accueillir, avec par ordre d’apparition dans les Vignes du seigneur, Marcel Reposeur, Compagnon du Beaujolais, Michel Piot, critique gastronomique du Figaro et membre de l’Académie Rabelais et, plus récemment Jean Desflèches, le célèbre archiprêtre de Vauxrenard. Mais ici-bas, ce n’est pas la joie, c’est la stupeur, l’effondrement et une très grande tristesse…  nous nous sentons immensément seuls.
Comme l’écrivait Alphonse Allais « La mort est un manque de savoir vivre » et toi, Mon Cher Marc, tu as poussé le manque de tact à nous faire ça à deux jours de la St Amour, un sale coup pour Odette et pour les vignerons du Beaujolais… et sans même attendre l’arrivée du Beaujolais nouveau. Ça nous a étonné de toi !
Toutes tes qualités vont nous manquer. Tu étais un homme de labeur, un apôtre de la solidarité, toujours prêt à rendre service avec ta bonne mine joviale. Tu étais connu comme le loup blanc dans tous les bistrots et même au-delà comptoirs. Partout où nous allions dans Paris, il y avait toujours quelqu’un qui t’avais connu à La Chopotte où derrière un autre zinc, à Montmartre ou dans le 14ème.
Ta connaissance de la vigne, des vignerons, du vin et des bistrots parisiens a été un atout majeur dans le développement du Devoir parisien et des Francs mâchons et depuis peu tu faisais également profiter l’Académie Rabelais de ton savoir.
Tu avais peut-être un petit défaut qui t’a amené là où tu es maintenant, tu en faisais trop sans attendre l’aide que l’on aurait dû parfois t’apporter mais que tu ne réclamais pas.
Après notre ami Jean, puis toi, qui va m’accompagner pour faire la tournée des bistrots parisiens le jour de l’arrivée de Beaujolais nouveau ? Un chauffeur, je vais bien trouver un ! Mais aucun ne connaîtra intimement comme toi les patrons des bistrots, aucun n’aura la chance que tu avais pour trouver une place pour te garer pile-poil devant le bistrot. Tu savais consommer avec modération et nous ne nous sentions jamais en danger ou en infraction avec toi.
Pour les Francs mâchons, tu étais un fameux dénicheur de bonnes tables et tu savais séduire les bistrotiers pour qu’ils acceptent de nous recevoir tôt le matin.
Plus récemment l’Académie Rabelais t’a accueilli pour que tu la fasses profiter de ta connaissance des vignerons du Beaujolais et contribuer ainsi à la dotation vineuse qui accompagne le Prix littéraire que l’Académie remet chaque année à un lauréat imprégné, de près ou de loin, des valeurs de Rabelais. Tu faisais également partie du jury qui remettait chaque année la Coupe du Meilleur pot. Pour cela tu arpentais Paris à la recherche des authentiques bistrots sachant encore servir des vins de comptoirs sur des zincs, sur ce métal qui restera le meilleur conducteur de l’amitié.
Il y a un domaine dans lequel tu progressais, c’est l’informatique. Certes, tu ne maîtrisais pas encore l’ordinateur ni l’imprimante mais avec l’aide de Jonathan tu pianotais allègrement sur ton téléphone portable. Ton véritable outil de gestion restait le nombre incalculable de petits papiers griffonnés d’où tu nous sortais un inventaire précis de notre stock de vin ou quelques bonnes adresses.
Ma semaine était ponctuée de tes appels réguliers ; le jeudi, tu m’envoyais la page gastronomique de Libération que j’avais pris l’habitude d’attendre avec impatience. Le mercredi, tu m’annonçais, en route pour aller cajoler ton petit-fils à Saint-Maur avec cette chère Odette, que tu passais devant ma future demeure, le cimetière Rabelais où j’ai mon caveau de famille. On ne faisait pas la course et je n’ai jamais pensé un instant que tu allais me coiffer au poteau !
Comme l’a rappelé Jonathan en lisant Péguy, tu es juste de l’autre côté du chemin. Ça me rassure !